Le vélo électrique m’a réconciliée avec les côtes du lac de Gérardmer

Par

Le vélo électrique a claqué contre le trottoir mouillé au bord du Lac de Gérardmer, et j'ai posé la main sur la selle encore froide. J'étais partie avec l'idée de voir si les côtes pouvaient cesser de me couper les jambes, sans tricher avec le plaisir de pédaler. Pendant 3 semaines, à raison de deux à trois sorties par semaine, j'ai roulé par temps couvert, avec ma famille des Hautes-Vosges en tête, et j'ai noté chaque hausse de la jauge et chaque coup de frein dans les montées. Je suis rédactrice et autrice du magazine Carnets de Gérardmer, et j'ai voulu vérifier ce que donnait ce VAE quand la boucle se gâte.

Comment j’ai testé sur le tour du lac avec ses montées imprévisibles

J'ai fait mes sorties entre 9h et 11h, jamais plus tard, quand la lumière reste encore basse sur l'eau. Le premier matin, il faisait 8 °C; le dernier, 15 °C. Mon protocole a alterné une boucle de 30 km avec 300 m de dénivelé et une autre de 40 km avec 400 m, entre Gérardmer, Xonrupt-Longemer et les pentes du Hohneck, avec un vent qui tournait d'une rive à l'autre. Je notais aussi le moment exact où je quittais l'asphalte tranquille pour les sections qui montent sans prévenir.

Mon vélo de test avait un capteur de couple, une batterie de 500 Wh et un poids de 23 kg. J'avais trois modes sous la main, éco, normal et turbo, plus un écran qui affichait la jauge sans faire de cinéma. Ce poids, je l'ai senti en le basculant au départ, puis en le tenant à l'arrêt au bord de l'eau. Je l'ai aussi senti dans les virages serrés, quand je devais remettre le guidon droit avant de repartir.

Je voulais mesurer l'effet de chaque mode sur l'autonomie réelle, pas sur ce que promet le manuel. J'ai noté le pourcentage de batterie au départ, après chaque côte et au retour, puis j'ai comparé ces chiffres avec ma fatigue dans les jambes. En pratique, je cherchais à garder le plaisir du pédalage sans m'arracher sur les passages raides. J'ai aussi regardé si le moteur restait discret ou si sa petite voix remontait jusqu'au silence du lac.

J'ai aussi vérifié une chose toute bête : sur la boucle vallonnée, la vitesse moyenne ne veut pas grand-chose si je force sur un trop grand braquet. Quand j'étais restée trop dure dans les jambes, le vélo paraissait moins vivant, et mon genou gauche me le rappelait vite. Pour le réglage interne du moteur, je n'ai rien ouvert; si je voulais aller plus loin, je passerais par un réparateur vélo. Là, je restais sur mes sensations et sur ce que l'écran me racontait.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas comme je l’imaginais

Dès la première sortie, j'ai mis le mode turbo presque partout, parce que j'étais sûre de moi. Sur le premier raidillon, je suis restée assise sans exploser, et j'ai même souri en entendant le moteur reprendre avec un petit souffle régulier. Mais la jauge a plongé beaucoup plus vite que prévu, et je l'ai vue quitter les hauts pourcents à mesure que la montée se répétait. J'ai compris d'un coup que je ne pouvais pas traiter la boucle comme un simple trajet plat.

Le vrai raté, je l'ai eu en restant sur un trop grand développement. Quand j'ai forcé dans une rampe serrée, l'assistance a semblé décrocher au moment exact où j'en avais besoin. Le capteur de couple suivait ma pression sur les pédales, et dès que je pédalais trop mollement presque à l'arrêt, le vélo devenait lourd, presque pataud. J'ai senti la différence nette entre un départ fluide et une remontée plus lourde dès que je cessais de pédaler franchement.

Le vent de face, même modéré, m'a aussi piégée. Je croyais n'avoir qu'une petite côte à passer, puis j'ai vu la consommation grimper sur la portion la plus exposée, près des arbres qui bordent le lac. J'ai été frappée par le petit bruit du moteur en mode soutenu, à peine couvert par le roulis des pneus, surtout quand je passais du mode tranquille au plus assisté. Dans le silence du matin, ce détail m'a paru plus net que sur les routes ouvertes.

À mi-parcours, voyant la batterie passer de la quasi-totalite à une bonne moitie en moins d'une heure, j’ai envisagé d’abandonner la sortie. J'ai ralenti, j'ai arrêté de jouer à la guerrière, et j'ai coupé le turbo sur les portions plates. Cette baisse m'a fait comprendre que le VAE ne pardonne pas les départs trop gourmands, surtout quand le tour du lac enchaîne les petites bosses. Je me suis retrouvée à regarder l'écran plus qu'à regarder l'eau, et ça ne m'a pas plu du tout.

Trois semaines plus tard, la surprise d’une gestion fine des modes

Je suis partie trois semaines de suite avec une règle plus simple. Sur les portions faciles, je suis passée en éco, puis j'ai gardé le normal ou le turbo pour les passages raides seulement. J'avais d'abord peur de manquer d'aide, mais je me suis retrouvée plus à l'aise dès que j'ai cessé de pousser fort dans chaque faux plat. J'ai fini par comprendre que je perdais moins d'énergie en réglant mieux le moteur qu'en le laissant tout faire.

J’ai remarqué que la jauge de batterie chutait brutalement après une grosse côte, pour remonter légèrement au repos, ce qui m’a fait douter plusieurs fois de son niveau réel. J'ai vu ce petit rebond après avoir soufflé au bord de l'eau, puis l'écran s'est figé sur un chiffre plus rassurant. Je n'ai pas pu vérifier si l'affichage était parfait, mais j'ai appris à ne plus le lire comme un thermomètre exact. Sur le terrain, ce détail m'a évité quelques paniques inutiles.

J'ai été frappée par la différence de souplesse. Le capteur de couple rendait l'aide plus naturelle, parce qu'il suivait la pression sur les pédales au lieu de pousser d'un bloc. Les à-coups au démarrage en côte se sont faits plus rares, et mes cuisses ont moins brûlées dans la deuxième moitié de la boucle. J'ai été convaincue par cette sensation de continuité, même si le moteur laissait encore entendre son petit souffle en montée.

J'ai fini par boucler deux sorties de 1h45 et de 2h15 sans rentrer sur les dernières côtes en mode panique. Dans ces conditions, j'ai gardé assez de marge pour m'arrêter au bord de l'eau, boire une gorgée, puis repartir sans scruter l'écran toutes les trente secondes. Mes mains m'ont rappelé la longueur de la balade plus vite que mes jambes, avec une selle un peu dure en fin de parcours. Je me suis sentie plus libre sur le vélo, même si je restais attentive au dernier pourcentage.

Mon verdict après ces balades autour du lac, pour qui ça marche vraiment

Au final, je pense que ce VAE convient à quelqu'un qui accepte de jouer avec son assistance et son braquet. Sur le tour du Lac de Gérardmer, j'ai retrouvé le plaisir de pédaler sans finir rincée, et c'est exactement ce que je cherchais quand ma famille des Hautes-Vosges me taquinait sur mes appréhensions dans les côtes. Pour un niveau moyen, la sortie garde son goût de balade, avec un vrai confort dans les relances. Je suis devenue plus calme dans les montées dès que j'ai cessé de vouloir tout gagner en force.

Les limites, je les ai senties quand la batterie a baissé et que le vélo a pris du poids. À ce moment-là, un VAE de 23 kg rappelle vite qu'il reste un vélo, surtout dans un virage serré ou au redémarrage à basse vitesse. Les modes trop puissants m'ont aussi laissé une petite sensation d'à-coups au départ, et je préfère clairement les garder pour quelques centaines de mètres seulement. Quand je partais trop vite en turbo, je payais la note plus loin, et je le voyais tout de suite.

Pour mes sorties avec du monde de niveau différent, ce format m'a paru agréable, parce qu'il lisse l'écart sans effacer le geste. J'ai pensé aussi aux gens qui veulent garder un VTT classique, et là le poids d'un VAE ne les séduira pas. Si je devais repartir avec de longues boucles vallonnées, je choisirais une batterie plus grosse ou une assistance plus progressive, parce que je n'aime pas finir la sortie avec l'œil fixé sur la jauge. Pour quelqu'un qui accepte de gérer l'éco, de changer de braquet plus tôt et de composer avec le vent, mon verdict reste très net.

Autour du Lac de Gérardmer, mon verdict de rédactrice et autrice du magazine est clair : ce vélo électrique m'a réconciliée avec les côtes, mais seulement quand je gère l'éco, le braquet et le turbo avec discipline. Pour quelqu'un qui accepte de regarder sa batterie, de monter les rapports plus tôt et de composer avec le vent, je le trouve convaincant sur ce terrain. Moi, je ne le laisserais pas en mode fort du départ à l'arrivée, et je m'arrête ici sur un résultat simple : les côtes du lac sont restées, mais elles ne m'ont plus coupé la balade.

Avatar de Angèle Soyer
À la plume