La route des Crêtes en été a perdu ce qui faisait son charme

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Sur la Route des Crêtes, juste après le Col de la Schlucht, j’ai freiné dans une file immobile, vitre entrouverte, avec l’odeur de frein chaud qui collait déjà à l’air. Le vent frais passait encore sur les chaumes, mais il se noyait sous les moteurs au ralenti et les portières qui claquaient. J’ai été frappée par ce contraste. Je vais te dire ce que j’en retiens, simplement, et dans quels cas elle tourne au piège.

Le jour où j’ai compris que partir en milieu de matinée était une erreur

Je suis partie avec l’idée d’une balade simple, presque familiale, comme celles que je connais depuis longtemps dans les Hautes-Vosges. J’étais sûre de moi, parce que j’avais gardé le souvenir d’une route ouverte, calme, où l’on s’arrête deux fois sans perdre la matinée. J’ai appris à aimer ces départs légers, avec une voiture sans urgence et un carnet pour noter un détour. Ce matin-là, je pensais encore qu’un départ autour de 10 h laisserait la place aux panoramas et à un retour tranquille à Gérardmer.

La réalité m’a rattrapée dès les premiers kilomètres. Je me suis retrouvée à rouler au pas derrière une voiture qui cherchait une place, avec tout le monde qui regardait le même bas-côté. Le vent était frais, mais l’odeur de frein chaud restait accrochée aux fenêtres entrouvertes. Puis il y a eu ces portières qui claquent en série sur les petits parkings, et ce bruit sec cassait complètement l’ambiance de crête.

J’ai été frappée de voir les premières aires déjà presque pleines à 9 h 30, alors qu’on n’était même pas au cœur du week-end. À 10 h, la surfréquentation en été faisait déjà son œuvre, avec une suite de voitures au pas derrière celles qui tentaient de se garer. La route ne ressemblait plus à une traversée de montagne, mais à une file de passage très connue. Ce n’était plus une échappée, c’était un freinage permanent.

J’ai failli faire demi-tour avant le premier belvédère. Là, j’ai compris le vrai tournant: on devait déjà se battre pour une place, et le bruit des moteurs couvrait presque le vent. Une famille derrière moi a soufflé qu’elle avait mis plus d’une heure sur un tronçon qu’elle croyait rapide. Je me suis sentie agacée, puis franchement déçue, et je suis rentrée à Gérardmer avec l’impression d’avoir laissé la route me voler mon matin.

Ce qui coince vraiment : entre manque de places et cohabitation tendue avec les autres usagers

Ce qui m’a le plus agacée, ce n’est pas seulement le monde. Ce sont les petits parkings saturés, les voitures garées en bordure, et l’herbe piétinée autour des aires. J’ai voulu m’arrêter au bord d’un belvédère au-dessus du lac Blanc, et j’ai renoncé en voyant trois véhicules déjà de travers. Quand on doit choisir entre bloquer la circulation ou passer son tour, le plaisir baisse d’un cran.

La cohabitation est plus lourde que dans mes souvenirs. Les familles ralentissent pour la photo, les cyclistes gardent leur ligne, les motards cherchent un passage, et les camping-cars imposent leur gabarit dans des virages qui n’ont pas beaucoup de marge. Le résultat, c’est une route en accordéon, nerveuse, sans respiration. À force, même le plus beau point de vue paraît moins reposant que la chaussée elle-même.

La configuration de la route amplifie tout. Les portions étroites ne pardonnent pas les croisements longs, et dès qu’un véhicule cherche à se ranger, la file derrière se fige d’un coup. Je n’ai pas besoin d’un grand discours pour le voir: chaque arrêt se transforme en micro-bouchon, puis en petite tension collective. La gestion du flux me semble pensée pour une journée calme, pas pour un mois d’août chargé.

J’ai connu un vrai blocage derrière un camping-car qui s’était engagé trop large dans un virage. Pendant quelques minutes, plus rien n’avançait, et les portières ont claqué à nouveau sur le parking de fortune. Le conducteur a fini par manœuvrer centimètre par centimètre, pendant que derrière nous l’impatience montait. Pas terrible. Vraiment pas terrible. C’est là que la sortie a basculé du côté fatigant.

Ce que j’aurais dû faire avant de partir et ce que je ferai la prochaine fois

J’aurais dû vérifier trois choses avant de tourner la clé: l’heure, la fréquentation du moment, et la météo sur les crêtes. J’ai fini par comprendre qu’arriver avant 8 h change tout. À cette heure-là, la route garde encore son silence, le vent reste audible, et les arrêts ressemblent à des pauses de montagne, pas à des files d’attente. J’ai été convaincue de ce point après plusieurs passages trop tardifs.

Mes erreurs, je les connais maintenant. Je suis partie en milieu de matinée, j’ai voulu m’arrêter partout, et je n’ai pas assez anticipé la place prise par les camping-cars et les motos. Résultat, j’ai passé trop de temps à choisir entre attendre, renoncer ou me rabattre sur le bas-côté. Quand la route devient une succession de petites frustrations, le paysage ne suffit plus à sauver la sortie.

  • Si tu viens en famille, je partirais avant 8 h et je garderais un seul belvédère, pas quatre. La route reste plus légère quand la voiture ne s’arrête pas tous les 2 kilomètres.
  • Si tu es cycliste ou marcheuse, je viserais les heures creuses ou une période hors été. J’y retrouve alors le vent sur les chaumes et la sensation de traversée que j’aime.
  • Si tu es en camping-car, je laisserais l’idée d’une grande boucle en plein août. Pour ce gabarit, je préfère un autre itinéraire dans les Vosges, plus respirable et moins tendu.

J’ai fini par me servir de trois alternatives très simples. J’ai repris le lac de Gérardmer tôt le matin, quand la lumière est encore basse et que la marche reste tranquille. J’ai aussi testé un circuit de randonnée sur les chaumes hors saison, et là, le calme revient tout de suite. Enfin, les petites routes secondaires m’ont donné moins de vue, mais beaucoup moins de nerfs. Entre une grande traversée bloquée et une sortie plus sobre, mon choix a été clair.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

POUR QUI OUI : pour une personne seule ou un couple qui part avant 8 h, accepte un seul arrêt au Hohneck et veut marcher un peu à pied, la Route des Crêtes reste agréable. Elle fonctionne aussi pour un visiteur qui aime passer d’un panorama à l’autre sans trop s’attarder, puis repartir. Je la garde aussi pour quelqu’un qui cherche la montagne sans grand programme, avec une voiture compacte et une vraie souplesse d’horaire.

POUR QUI NON : pour une famille qui veut multiplier les arrêts en plein août, pour un conducteur de camping-car qui ne supporte pas les manœuvres lentes, et pour quelqu’un qui déteste attendre derrière une file au ralenti. Elle déçoit aussi les sorties improvisées à 10 h 30, surtout si l’idée est de faire toute la crête sans stress. Là, la route devient plus fatigante que belle.

Mon verdict : la Route des Crêtes reste belle au lever du jour, ou hors saison, mais elle perd beaucoup de son charme en été et en milieu de journée. Pour quelqu’un qui accepte de partir avant 8 h, de ne garder qu’un arrêt et de lire la montagne sans précipitation, oui, je la recommande encore. Pour quelqu’un qui cherche une balade libre, facile et silencieuse, je préfère être nette: non, mieux vaut choisir autre chose, du côté du lac de Gérardmer ou d’un tronçon plus calme vers le Col de la Schlucht.

Avatar de Angèle Soyer
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